jeudi 26 juin 2014

MAMAN, JE NE VEUX PAS D’ARGENT, JE VEUX DU LAIT. (part 3 et fin)

L’air très surprise. On venait de me faire savoir que l’argent est...

Mon DIEU ce jeune homme avait les yeux brillants, le visage rayonnant à l’idée d’avoir un peu de lait. Il rêvait de boire un peu de café au lait et en nous voyant arriver et parler de lait, il s’est dit qu’il avait là la chance de sa vie, oui de sa vie ; une opportunité à ne pas manquer. 

C’était la première fois que je voyais quelqu’un refuser de l’argent en prison. Il fallait que son besoin de lait soit d’une dimension exagérément élevé au-dessus de l’argent pour qu’il refuse ces quelques pièces que j’avais préparé pour lui.

Moi :du lait ? C’est ça seulement tu veux ? OK... Tiens, tiens encore et encore et encore.

Sa grande paume rugueuse était maintenant pleine de sachet de lait en poudre nido, bonnet rouge et même de cacao en poudre et de friandises pour accompagner le bon café qu’il se fera dans les heures ou les jours qui suivront. 
Bouleversée, je ne pouvais pas le laisser partir ainsi. Alors j’y ajoutai quelques pièces d’argent.
J’étais complètement bouleversée, ce jeune homme avait quelque chose en lui, que beaucoup détenus ou libres n’ont plus. 
Il savait apprécier les simples choses de la vie et face à l’argent son choix était CLAIR. Pas question de brader les simples choses de la vie contre de l’argent. Ces choses simples avaient du prix à ces yeux. 

Mon DIEU mais que fait-il dans cet enfer ?

Je l’ai regardé s’éloigner avec cet air heureux et fier en criant « merci maman, merci le père, merci… ».
J’avais les larmes aux yeux, Paul Eddy avait tout compris lui aussi. 

Ce jeune homme a encore de l’humanité et oui pour un sachet de lait je peux oser le dire. Ce sachet de lait dont il avait besoin ne coûte que 150 fr. Nous avons rendu un être humain heureux rien qu’avec ça. Je vous laisse voir toutes les implications et faire vos déductions.

Ce jeune homme porte en lui de nombreuses générations, il représente l'AFRIQUE, notre Afrique. Pas besoin de beaucoup, juste un peu d'Espoir, juste CROIRE que c'est POSSIBLE et SAISIR l'opportunité qui se présente à nous. 

Ce jeune homme m'a appris une grande leçon que j'ai appliquée il y a peu. Je vous raconterai très bientôt si ma connexion internet me le permet.

 Il est 3h54 du matin et reprendre des forces est nécessaire pour continuer la marche. 

MAMAN, JE NE VEUX PAS D’ARGENT, JE VEUX DU LAIT. (part 2)

« Je vais chercher une brouette » a-t-il lancé (le prisonnier) avant de partir rapidement. J’étais très concentrée sur ce que me disais l’une des dames du service socio-éducatif :

 « FIERS IVOIRIENS, vous êtes actuellement les seuls à vous occuper de nos bébés là. Les quelques rares ONG comme le BICE qui s’en occupaient par le passé ont mis un terme à leur aide. 
Les semaines passées les enfants ont eu du mal à trouver à manger, essayez de rapprocher vos délais pour les appuis alimentaires. 
Il faut aussi penser à faire venir des médecins pour ausculter les enfants… Si vous pouvez aussi venir enseigner aux femmes là comment éduquer les enfants, comment doit être une mère… leur montrer les règles d’hygiène, des trucs de femme quoi, ce serait bien hein… ».

Une fois l’entrevue terminée, nous nous rendîmes auprès des enfants dans le bâtiment des femmes.

Moi : Où as-tu déposé nos bagages ? 

Le prisonnier : voilà ça maman.

Paul Eddy : il faut que tu lui donnes quelque chose ‘’Chris’’ (c’est ainsi qu’il aime m’appeler)

Moi : ok. Mme K. que puis-je lui donner pour lui dire merci ? De l’argent ? C’est ce qu’ils préfèrent tous ? Ok.

Le prisonnier : Maman, maman, maman… Je ne veux pas l’argent hein, je VEUX LAIT… Maman je veux du LAIT. Si tu donnes ça, ton « FILS » sera trop content même. 

(Il utilisait le terme « fils » pour parler de lui-même). Maman si ton fils a eu un peu de lait là non, il a tout gagné même. Moi je veux pas l’argent, je veux lait...

J'étais très surprise. On venait de me faire savoir que l’argent est...


MAMAN, JE NE VEUX PAS D’ARGENT, JE VEUX DU LAIT. (part 1)

Vendredi 16 Juin 2014, il est 13h. Une pluie fine s’abat sur les murs moisis de la prison civile d’Abidjan (MACA). 

Paul Eddy et moi usons de tous les arguments percutants pour faire passer les boites de BLEDINA pour les enfants qui vivent avec leurs mères dans cet enfer que les hommes ont appelé PRISON. 
Ces boites en métal contenant du lait pour bébé pouvaient facilement être transformées en arme par les détenues. Pas question de retourner avec, pas question non plus de confier ces boites de lait à une quelconque autorité. Les enfants doivent avoir leur lait coûte que coûte et vaille que vaille et la seule solution est de le leur remettre directement, du moins à leurs mères.

« Le père, le père… ! » 
C’était un jeune détenu, un de ces nombreux jeunes gens incarcéré pour délit mineur qui vadrouillent dans la cour d’entrée de la prison, prêt de la cuisine cherchant je ne sais quoi.

« Le père, le père, je veux porter bagage là ! »  

Il s’adressait à mon ami et collaborateur Paul Eddy en montrant l’énorme sac plein de vêtements et de provisions pour les enfants. Je tiens à noter que ‘’le père’’ est une expression qu’utilise les détenus pour désigner les hommes d’un certain rang et d’un certain âge, qu’ils respectent, ils l’utilisent dans l’esprit de « papa », et ils aiment particulièrement à appeler ainsi Paul Eddy là où ils auraient pu simplement l’appeler « mon frère ou vieux père » d’un niveau inférieur à « le père ».

jeudi 19 juin 2014

Là où tout a commencé ! (partie 3 et fin)

Qu’est-ce que j’en retire ???

Regardez le fond des yeux d’une personne qui ne croit pas en elle, qui ne croit plus en rien, voir son âme, toucher du doigt ses blessures, sentez sa douleur, pensez avec son esprit, comprenez son cœur…
Lui donner de cette EAU que tous recherchent… ces quelques paroles empruntes de puissance… cette étreinte franche et appuyée… ce regard bienveillant… cette communication, ce cœur à cœur… ; et vous pourrez voir le visage de l’autre s’illuminer, ses yeux briller.

Vous pourrez toucher, cette étoile, la flamme qui renaît et partir convaincu que cette flamme ne s’éteindra plus. Elle atteindra son but, sa mission. Vous n’aurez peut-être pas la chance de voir cette incroyable destinée que rien ne pourra plus arrêter, mais vous aurez contribué à faire naître un GÉANT INVINCIBLE qui changera son entourage et deviendra une légende pour cette AFRIQUE que la Providence n’a pas oublié.

Nous ne sommes pas maudits. Il nous manque juste un peu d’ESPOIR, un peu d’AMOUR pour faire éclore des hommes et des femmes EXTRAORDINAIRES qui viendront réécrire l’histoire. Réécrire l’histoire avec des actes purs, avec simplicité et bonté.

Je reste convaincue que JE ne suis pas le seul CULTIVATEUR d’ESPOIR. Seulement, je ne sais pas où trouver les AUTRES pour qu’ensemble nous soyons plus forts pour SEMER plus de graine d’espoir dans nos FAMILLES, notre ENTOURAGE, notre NATION.

QUI ENTEND CE CRIS DE CŒUR ?  QUI ?


Là où tout a commencé ! (partie 2)

Ceux qui m’ont côtoyé longtemps ont pu constater que j’avais énormément changé. Chaque jour, chaque semaine, chaque mois, toutes ces carapaces, ces blessures du passé sont tombées une à une sans résistance aucune.

Ce que je n’ai jamais pu réaliser pour moi-même, je ne que je ne voulais pas reconnaitre de mal en moi, tout a été exposé. Parce que je voulais sauver ces enfants, j’ai développé un cœur de FEMME, de Mère. Je devais être un modèle, je devais laisser éclore tout cet amour que j’étouffais toutes ces années parce que pour moi, à cette époque, l’amour représentait une grande faiblesse qui pouvait détruire, me détruire.
Au final, qui fut sauvé ?
... Moi !

Ce 29 Mai 2013, lors de la première édition de la Conférence « la prison ce n’est pas pour les enfants » ; cette conférence qui a vu la participation de nombreuses personnes ; où des gens de partout dans le monde ont envoyé des dons, des prières, des mots d’encouragement ; ce jour-là, une FEMME est née.
Une autre Déborah venait de prendre place dans ce corps mince et élancée. Très peu de personnes pouvaient discerner ce qui se passait quand je pris la parole devant ces 200 personnes ; très peu. Ma vie n’a plus été la même.

Je ne sais pas comment vous l’expliquer, c’est comme si l’ancienne moi venait de décéder et qu’une nouvelle personne avait pris place dans ce corps. Tous mes sens se sont aiguisés, ma capacité de réflexion s’est accrue et le temps s’est comme accéléré comme pour que je rattrape tout le temps perdu.
Ce que je vois maintenant pour ma FAMILLE, mes AMIS, mon PAYS, pour cette NATION, pour tout ce PEUPLE est clair.

Je sais qui je suis. Donner de l’ESPOIR, redonner de l’ESPOIR, voici là mon travail. 

Là où tout a commencé ! (partie 1)

AVRIL 2013 
Je garde le souvenir de cette matinée de fin Mars où j’arborais gaiement et en chantonnant, le couloir du Bureau International Catholique de l’Enfance (BICE ONG internationale) vêtue comme une antillaise. Je chantais un chant de Ugh Ouphouet. Je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait. J’avais rendez-vous avec mon DESTIN.

Etais-je préparée ? Je n’en sais rien.
Pourtant, pour DIEU, le moment était venu. Il était serein, il n’avait pas besoin que quelqu’un lui dise qui je suis, ni comment je réfléchis. LUI, il me connait et il me connait vraiment. Très calme, il savait tout et il se riait de ce qui allait se passer, lui qui sait toute chose longtemps à l’avance. Personne ne peut lui résister.
Je ne sais pas pourquoi, mais ce jour-là, j’ai souffert dans âme. Je crois que je n’ai jamais autant pleuré de toute ma vie. Mes larmes n’arrêtaient pas, et je me demandais pourquoi je pleurais autant, c’était abusé (pour parler comme mon ami Paul Eddy).
« Pourquoi Seigneur ! » me disais-je en moi-même ; « pourquoi ces enfants sont-ils en prison ». 

Mais qu’est-ce que ça peut bien te faire ? Est-ce que ce sont tes enfants ? m’a-t-on lancé.
Car en fait, je me suis rendue dans les locaux du BICE situé à Abidjan, précisément dans la commune du Plateau, espérant trouver de quoi alimenter mes recherches concernant mon mémoire de fin cycle.
C’était un Lundi et je n’étais pas sensée me retrouver là. Les lundis au BICE, l’accès au centre de documentation n’est pas permis. Je connaissais la règle et pourtant, je m’y suis rendue.
Je fis comme David dans le Bible, je tournai les talons ; direction la maison, plus question de faire des recherches, je retenais de grosses larmes choquée qu’il y ait des enfants en prison.


Je voulais tout faire pour les aider, je voulais donner tout de moi pour en sauver quelques-uns, sinon tous. Je ne me doutais pas que cette quête allait me transformer à ce point.

Qui sont ces enfants qui grandissent en prison ?


Ce sont en grande majorité des enfants dont la naissance est intervenue pendant la détention de leur mère. Mais il arrive qu’une mère qui vit seule avec son enfant lors de son arrestation entraîne aussi cette situation.
Le principe sous-jacent à l’accueil des nourrissons auprès de leur mère en prison est de permettre la création, ou d’éviter la rupture du lien d’attachement entre la mère et son bébé : éviter le traumatisme d’une séparation brutale,maintenir et soutenir le lien par le maintien de la responsabilité parentale et des soins quotidiens par la mère.

Le nourrisson qui vit en prison n’est pas considéré comme incarcéré et doit bénéficier de mesures particulières. Les objectifs principaux de l’accompagnement sont de veiller au respect de ses droits, de minimiser l’impact carcéral et de permettre une vie sociale et affective propice à son développement et à son bien-être.

Dans le mois de Juin 2013, lors d’une action sociale à la Maison d'Arrêt et de Correction d'Abidjan, j'ai rencontré 15 bébés nés en prison âgés de 0 à 4 ans. J'ai tenu dans mes bras un bébé d'à peine 10 jours : tout nouveau, tout fragile et pourtant en prison avec maman.Choquée d’avoir vu des bébés, si innocents vivre la rude vie de la prison aux côtés de leur mère, parqués dans des cellules surpeuplées, j'ai décidé d'agir. Rapidement j'ai élaboré un projet que j'ai appelé HOPE et créé une ONG.


/ Quelle est leur condition de vie ?

Oubliés de tous, ces enfants sont sans protection légale, souvent malades et souffrent de carences alimentaires. Ceux que nous avons rencontrés au mois de Juin 2013 présentaient une certaine lenteur, les yeux sans vie, avaient la peau terne, présentant des traces de dartres et de bourbouille.

(La bourbouille est une affection cutanée se manifestant par des lésions vésiculeuses de couleur rouge sur la peau, notamment au niveau des plis et du dos. Elle survient dans les climats chauds et humides, souvent en zone tropicale. Cette dermatose apparaît avec l'obstruction des glandes exocrines de la peau par rupture ou inflammation du canal excréteur des glandes sudoripares).

Il nous était difficile à mes collaborateurs et moi, de leur arracher un sourire.
Ces enfants pour la plupart accusent un grand retard de croissance dû à la malnutrition.
Ils n’ont pour espace de jeu qu’une crèche sans jouets et sans matériel nécessaire à leur épanouissement. Qu’est-ce qu’un enfant sans jeux, sans cris de joie, sans rire aux éclats ?
Ils assistent au quotidien aux scènes violentes,récurrentes en milieu carcéral et partagent la même cellule avec de nombreuses autres femmes détenues, sans espace pour se mouvoir. Il est clair que faire sortir ces enfants du milieu carcéral reste impératif, mais en attendant la décision des autorités, des actions peuvent être menées pour soulager au mieux ces enfants et c’est d’ailleurs ce que propose ce projet.

/ Pourquoi est-il important d’intervenir ?

Parce que tous les enfants sans distinction aucune, ont droit à la vie, aux jeux, à une nourriture décente et à la santé, il est important d’intervenir. Ces enfants n’ont pas demandé à naître, mais maintenant qu’ils sont là, comment ignorer leur situation et les regarder souffrir les erreurs de leurs pères.

Ensemble nous pouvons rendre effectifs les droits des enfants vivant avec leur mère en détention, nous pouvons leur redonner le sourire et leur donner une chance de s’en sortir. Ils sont l’espoir de tout un peuple et porteurs d’un potentiel inimaginable.